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dimanche 1 mars 2015

Jayme Marques ¤ The London Connection

Né au Brésil mais résidant en Espagne dès les années 60, Jayme Marques est, depuis les années 70 et le début (tardif) de sa discographie, une figure tutélaire de la musique européenne. Guitariste et arrangeur talentueux, il a su rapidement s'affranchir de la bossa nova dont il est un représentant de la deuxième génération, pour s'imposer sans coup férir sur des terrains jazz, free ou - évidemment - flamenco. Très apprécié en Angleterre dès ses apparitions live dans les années 80, Jayme Marques a vu sa popularité coïncider avec l'émergence du mouvement acid jazz - dérivé du jazzdance alors en vogue dans les clubs anglais. C'est ainsi que "The London Connection" fut produit, commande unique témoignant à point nommé de la qualité d'interprétation de Marques et ses acolytes. Paru sur le label fantôme Cedar Tree créé pour l'occasion - on ne retrace qu'un seul maxi paru peu après, cet album a toutefois été enregistré en Espagne, et hormis Marques tous les musiciens sont d'ailleurs espagnols.
Cette session homogène - et totalement classe - possède ses moments forts, comme l'introduction sérieusement groovy du classique "Berimbau" ou le chorus d'harmonica de Jose Luis Bustamente sur "Nana das Aguas", l'une des deux compositions de João Donato réinterprétées ici. Les interventions de Tito Duarte à la flûte ou au saxophone sont des plus sympathiques, et le leader assure sans forcer - même pas besoin !
Non indispensable puisqu'il n'apporte rien de nouveau au genre, ce disque est tout de même intéressant par l'ambiance qu'il dispense (franchement, QUI n'aime pas le jazz brésilien ??), voisine des productions contemporaines du label Right Tempo par exemple, et du fait qu'il soit l'un des albums survivants de l'ère du CD, dont le jazz actuel est malheureusement trop souvent prisonnier.

Smooth it.

mercredi 15 octobre 2014

Ben et sa Tumba ¤ Barclay EP 72.700 (1968)


Ce n'est pas un hasard si l'exotica, succédant au jazz déjà soigneusement laminé par les élites blanches, est devenu le courant musical en vogue au milieu des années 50, comprenez au crépuscule des politiques coloniales ayant soigneusement entretenu la condescendance des métropolitains envers toute culture préalablement soumise, éventuellement considérée au motif de ses velléités émancipatrices plutôt que par sa richesse intrinsèque. L'occidentalisation des musiques d'ailleurs s'est généralement effectuée sous le mode du divertissement, par l'incitation à l'évasion et au voyage ; ce traitement est alors une garantie facile et immédiate de respectabilité et de rentabilité, à l'aube de la production musicale de masse autant que du développement dramatique des transports. C'est aussi l'occasion d'un renouvellement esthétique pour les interprètes de ces musiques, traduit par une explosion de couleurs des décors, des vêtements mais aussi des acteurs humains eux-mêmes, quand le jazz, la variété ou la musique classique demeuraient désespérément sobres. Confinant au burlesque aujourd'hui, à l'heure de la globalisation, le télescopage grossier des cultures perdure encore dans certains lieux immuables tels les cabarets, ou bien renaît sporadiquement le temps d'une mauvaise comédie ou d'un anniversaire hipster (si ce n'est pas la même chose), mais il n'y a plus vraiment lieu de s'indigner, au contraire. Ainsi chez Hanimex nous nous autorisons à pardonner un relatif manque d'authenticité, car nous aimons la légèreté des saveurs exotiques gentiment acidulées, et en général tout ce qui incite à l'épanouissement ensoleillé voire lascif.
Bien que d'origine algérienne, c'est en popularisant les rythmes afro-cubains que le chanteur et percussionniste Ben Bakrim a connu le succès. Il n'est pas imprudent d'affirmer que Ben a largement initié le philistin parigot à la magie des syncopes caribéennes. En témoigne sa discographie pléthorique entamée en 1955, en plein boom exotica : elle comporte près de trente EP sous le nom de Ben et sa Tumba (complété parfois de "son Orchestre"), tous parus chez Barclay en une quinzaine d'années seulement, période au cours de laquelle ce travailleur acharné était aussi directeur de l'orchestre du Lido. Les amateurs de rare groove connaissent surtout Ben pour son ultime - et magistrale - livraison discographique en 1971 sous le nom de Ben & the Platano Group, apogée paroxystique d'un parcours qui aura mis le temps à décoller, notamment faute de concurrence, mais qui mènera rapidement notre homme à l'asile psychiatrique par la case burn-out. Au fil des parutions, Calypso, Boléro, Cha-cha, Mambo, Conga reviennent invariablement au programme, dans un ronronnement à peine troublé par quelques reprises de meilleure tenue, citons par exemple "Watermelon Man" ou "Soul Sauce" au milieu des années 60.
Antépénultième volume de cette prolifique livrée, le sympathique EP que nous présentons ici est paru fin 1968, et c'est un exemple parfait de joyeux cabotinage musical comme nous aimons en rencontrer, ainsi que le prouve le premier morceau "Cortate los Pelos Antonio", un jerk nerveux où Ben tente de convaincre son pote Antonio (à la voix plutôt fluette) de se faire couper les cheveux... Ils parlent dans un espagnol de pacotille et ça amuse bien le franchouillard de base, mais au final ça donne un track efficace au milieu d'un set boogaloo. "Malika" qui complète cette face A est un boléro sans grand relief, et "Mazatlan" est un cha-cha mâtiné de guajira, au tempo plutôt lent lui aussi bien qu'assez lyrique. Le dernier morceau "Te Chocolate o Cafe" (no comment) redonne un peu d'allant à l'ensemble, c'est un cha-cha classique où le contrechant du piccolo équilibre la voix, laissant la conclusion à l'orchestration qui, c'est assez rare pour être signalé, ne sent pas trop la naphtaline.
Moins frénétique, pas forcément moins rare et certainement moins désirable que le dernier EP de Ben paru en 1969 "Jerk's Latino Americano" (bon courage si vous le cherchez), ce disque inédit par ailleurs est tout de même digne de figurer sur votre wishlist.
Une petite anecdote deep pour finir : Ben était surnommé 'Zouber' pour éviter la confusion avec son frère Ben Ahmed qui fut joueur puis entraîneur au Football Club des Girondins de Bordeaux.

vendredi 15 juin 2012

Bossa Brasilia Band


Après deux épisodes virulents, laissons le deep de côté et revenons à quelque chose de beaucoup plus accessible. Distribué par la compagnie Capi-Lux spécialisée dans la photographie, cet enregistrement éponyme de 1978 est le sixième d'une série de disques publicitaires dont les précédents sont prémonitoirement dénommés "Easy Listening" : il s'apparente donc à un bon disque de library.
Le groupe néerlandais Bossa Brasilia Band qui signe cet opus nous renvoie à l'univers plantureux des prémisses de la musique populaire brésilienne : sur les seize morceaux proposés, onze sont repris du répertoire classique de la bossa nova, dont sept signés du seul Antonio Carlos Jobim. Les musiciens mettent ici l'accent sur la mélodie, et sur ce point la qualité d'interprétation ne souffre d'aucune contestation : clarté et propreté sont de mise. N'espérez en retour aucune fantaisie ni prise de risque... La plupart des morceaux ressemblent d'ailleurs franchement à de la musique d'ascenseur (surtout les sur-entendus The Girl from Ipanema et Desafinado), mais qu'importe après tout : c'est de l'easy listening ! Ceci posé, et une fois digérée l'occidentalisation de ces thèmes intemporels, on retiendra les quelques morceaux avec chœurs (un peu moins de la moitié), qui rappellent les glorieuses heures du groupe Brasil '66 de Sergio Mendes, ainsi que les évocations fugaces des univers de Walter Wanderley (sur So Nice) ou des musiques de films italiens de la belle époque (sur Mas Que Nada). L'ensemble est très voire trop lisse, bien que la réinterprétation assez rythmée de Tristeza permette de conclure l'écoute sur une bonne impression. Vous l'aurez compris : pour l'ivresse on repassera, mais pour le farniente, pardon...

EZ: 123p://www.mediafire.com/file/ye6genp0661b6l3/10+-+Bossa+Brasilia+Band.zip/file

lundi 1 mars 2010

Daniel Bechet ¤ Songs to My Father



Absolument tout le monde connaît, ou a au moins entendu parler du louisinais Sidney Bechet. Cet ancien membre de l'orchestre de Louis Armstrong passa les dix dernières années de sa vie en France, où il fut extrêmement populaire : Antibes et les clubs de Saint-Germain des Prés lui doivent beaucoup. "Sid B" (ouah le jeu de mots) fut surtout le premier musicien de jazz à privilégier le saxophone soprano, en y arrachant un vibrato caractéristique que d'aucuns jugeaient vulgaire, car trop affecté. En revanche le parcours de son (unique ? dernier ?) fils, Daniel, est bien moins souvent retracé par les encyclopédies. Les "papy-jazz" se souviennent peut-être que Sidney lui dédia une composition ("Daniel"), tout comme il le fit en honneur de son épouse Jacqueline ("Nous Deux"), la mère de Daniel. En dehors de ça il n'y a pas pléthore d'information, et ça n'a rien d'étonnant : que sait-on des enfants de Django ou Boris Vian ?... En tout cas Daniel Bechet est batteur, ce qui écarte toute tentative de comparaison avec le jeu du grand Sidney.
Il paraît logique que la maison de disques parisienne Vogue ait été choisie pour cet album intitulé Songs to my Father : la firme avait produit les albums "français" de Sidney Bechet (majoritairement posthumes...). Les maigres crédits de pochette ne mentionnent pas les noms des musiciens qui accompagnent Bechet fils. A l'écoute ils semblent au moins trois (guitares et basses électriques, claviers), augmentés de quelques instruments à vent ou percussion sur trois des neuf morceaux proposés. Tout cela ne dit cependant pas à quoi nous avons affaire.
La typo néon, la photo vaporeuse, le style vestimentaire (no comment !) et l'année de parution (1979) font frémir de prime abord. Même si l'habit ne fait pas le moine, en référence à ce sublime perfecto sans manches, il n'est certainement pas question d'hommage à la Nouvelle-Orléans... Vous flippez ? Eh bien contre toute attente l'écoute révèle un album de smooth jazz légèrement funky tout à fait recommandable ! Le rythme est beaucoup, beaucoup plus cool que chez Cortex par exemple, mais le feeling est assez voisin de ce que les deux Alain proposaient de plus soft à cette époque, sans paroles toutefois (à part quelques wordless vocals par-ci par-là). Le premier morceau, intitulé "Sweet Stuff", illustre cet état de fait, et vous annonce que ce disque convient parfaitement à un après-midi farniente. Le groove (et encore) fait son apparition sur "Woodcutter's Lullaby", ainsi que sur "Oui de Song" et surtout "Brother Jacques", version improbablement boogie de la comptine populaire "Frère Jacques", subissant une accélération de tempo et chantée en anglais ! Pour le reste c'est tout à fait smooth, sans trop de relief certes, mais comme la bête est rare... La session ne transpire pas la virtuosité, cependant les protagonistes semblent plutôt à l'aise. Ils sont surtout beaucoup plus doués que les pignoufs à qui l'on doit les horribles albums de space disco (ou de faux breakdance) de la même époque, lesquels contribueront par leurs méventes à conduire Vogue à la ruine peu de temps après, en dépit de la mainmise du label sur la distribution hexagonale de la go-go music et du hip hop old school au début des années 80.
La liquidation judiciaire de Vogue fut prononcée vers 1986, l'entreprise n'ayant pas pu aborder le virage technologique du CD. Corollaire fâcheux, la décision de justice imposa la destruction des stocks... Toutefois plusieurs centaines de caisses furent sauvées et embarquées par camions entiers grâce à d'anciens employés légitimement effarés à l'idée de voir disparaître en fumée (bien noire) un volet de la culture populaire française. Car si Vogue a commis énormément de grosses bouses à base d'accordéon ou de chanteurs éreintants, le catalogue comportait quelques tueries signées Raoul Zequeira, Barney Wilen, Chico Magnetic Band, Laurent Petitgirard, Ryco-Jazz... oui, on peut dire "dommage".
Produit à un très petit nombre d'exemplaires, et apparemment sans suite, ce disque sympathique de l'inattendu Daniel Bechet mérite le détour, ne serait-ce qu'à cause de son exclusivité, justement.

Taste it : sdtp://www34.zippyshare.com/v/DgHOZ7Y5/file.html

Signalons qu'il y a quelques années, Daniel Bechet fut contraint de vendre aux enchères l'intégralité des biens hérités de son père, y compris le soprano, afin de rembourser certaines dettes contractées au jeu. Un beau gâchis, même s'il n'est pas le premier artiste à avoir connu cette extrémité. D'un autre côté, il n'aurait pas gagné beaucoup plus en rééditant "Songs to My Father"... En tout cas, après cette expérience malheureuse, et quelques featurings avec Bob Sinclar (!!!!!), Daniel Bechet a retrouvé une actualité artistique tangible, comme en témoigne son site Internet personnel.